Devenir musclée : cette peur qui hante les femmes

L’opinion d’une kinésiologue sur l’hypertrophie chez les femmes.


«Mais je ne veux pas devenir immense moi là hein… juste enlever mon gras ici et ici», dit-elle en me pointant ses triceps et ses cuisses tout en fixant mes quadriceps volumineux et mes épaules avec un regard incertain.

Cette phrase-là, depuis cinq ans, fait partie de mon quotidien, puisque je l’entends, chaque semaine, me fendant le cœur à chaque fois.

La société actuelle mise sur la féminité et parfois celle-ci rime avec fragilité. Le jugement que porte la société face à la physionomie féminine se veut de juger de son orientation sexuelle ou de sa féminité.  

Je suis une kinésiologue âgée de 26 ans travaillant dans l’univers de l’entrainement depuis plus de cinq ans. J’ai toujours ressenti un inconfort face à mon poids, à mes courbes. Les régimes, les diètes, les troubles alimentaires et la culpabilité sont malheureusement des terrains trop connus pour moi. La kinésiologie était, ainsi, un outil pour moi afin de cheminer, en premier lieu, tout en me permettant de transmettre ce sentiment de bien-être psychologique et physique que procure l’activité physique au maximum d’êtres humains.

En 2014, ma vision a totalement changée

J’ai cessé d’accorder de l’importance aux livres que je devais perdre et je me suis concentrée sur celles que je pouvais lever lorsque j’ai commencé à pratiquer le Crossfit. Mon estime personnelle s’est vue grandement améliorée suite à la découverte d’une force qui sommeillait en moi et un amour inconditionnel pour l’haltérophilie.  Je me suis vue tranquillement prendre de la masse musculaire, un facteur inévitable chez moi étant donné ma génétique la favorisant. Au fil des années, j’ai réalisé que j’étais passée à un niveau supérieur. Mon corps ne correspond plus au standard dit féminin de notre société. Quotidiennement, mon entourage et même des inconnus me parlent de mes trapèzes, de mes quadriceps et de mes biceps d’un ton parfois positif, parfois incertain, voir ironique. Et savez-vous ce que j’en pense? J’adore ! Je suis fière de mon corps, de ce tout ce qu’il est capable d’accomplir et j’adore ce sentiment de féminité qui résonne en moi plus fort que jamais.  Les normes, ce n’est pas fait pour moi ! Je vais vous avouer que je suis tombée en amour avec la confiance et la puissance que je dégage et je souhaite à toutes les femmes de vivre ce sentiment chaque jour de leur vie.

Chaque femme détient un potentiel de développement de force et d’hypertrophie (prise de masse musculaire) différent et c’est cette diversité qui fait la beauté de ce monde. Selon moi, s’empêcher d’atteindre 100 % de nos capacités par peur de déplaire aux standards de beauté que nous imposent inconsciemment, notre conjoint, nos amis et notre famille représente une triste réalité que beaucoup trop de femmes vivent. Je ne suis pas féministe, je promeus simplement la beauté de la femme et ses désirs de se sentir puissante et en contrôle de son corps. J’encourage toutes les femmes à porter fièrement les changements corporels qui s’en suivent. Les femmes détiennent une physionomie propre à elles qui ne favorise pas les grandes prises de masses musculaires dans un court laps de temps. Je m’adresse donc à toutes ses femmes qui craignent de devenir musclées du jour au lendemain : vous ne craignez rien mesdames, puisque le corps ne fonctionne pas ainsi. Donc, sachez que derrière la musculature imposante d’une femme se cachent des centaines d’heures d’entrainement, des centaines d’heures de courbatures, une nutrition sévère et les plaisirs d’une passion.

La féminité est un état d’âme qui ne peut se dicter par le physique

Ne laissez jamais quelqu’un vous pointer du doigt! Cet acte reflète simplement le manque d’estime et de confiance en soi de l’autre personne et son manque de force intérieur l’empêchant d’admirer toute votre beauté. Tel que notre société l’encourage, malheureusement, les différences et le changement sont mal perçus, intimidants et d’une connotation négative.

Pour conclure, mon plus grand souhait s’adresse à toutes mes amies, toutes mes clientes et toutes les femmes de ce monde : Ayez assez de respect et de confiance en vous-même pour vous aimer telles que vous êtes ou telles que vous deviendrez avec les années, sans cette peur de déplaire. 

Frédérique Raymond, kinésiologue.